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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 20:20

source : http://www.herodote.net

 

L'Institut Pasteur est inauguré à Paris, le 14 novembre 1888, par le président de la République Sadi Carnot. C'est le premier institut de recherche jamais créé au monde. Il se donne pour objectif l'identification des virus.

Financé par une souscription internationale à hauteur de deux millions de francs, il comble les voeux du plus populaire savant qu'ait connu l'humanité et dont il porte le nom.

La rage de comprendre

Louis Pasteur est né dans la petite ville de Dôle, dans le Jura, le 27 décembre 1822, dans le ménage d'un modeste tanneur. Élève doué, sans plus, il manifeste d'excellentes dispositions pour... la peinture mais y renonce à 19 ans pour se consacrer tout entier à la science.

En 1842, il est classé 16e au concours d'entrée à la prestigieuse École Normale Supérieure de la rue d'Ulm (Paris). Jugeant son rang insuffisant, il dédaigne d'entrer à l'École et repasse le concours l'année suivante. Il est cette fois classé 5e. Cela le satisfait. Il entre à l'École dans la section physique et chimie.

Le jeune chercheur se lance dans la cristallographie. Avec des moyens de fortune, il met en oeuvre la méthode expérimentale qui fera son originalité et sa gloire. Il découvre ainsi l'existence de dissymétries dans la manière dont des molécules de même nature polarisent la lumière. C'est un premier succès qui lui vaut la reconnaissance de ses pairs et un poste de professeur à l'Université de Strasbourg puis de Doyen de l'Université de Lille.

Dans cette ville, il est sollicité par un industriel pour élucider un dysfonctionnement de la fermentation de la bière. Louis Pasteur, à peine âgé de 30 ans, se soucie dès lors de mettre en application ses recherches scientifiques («Il n'y a pas de sciences pures et de sciences appliquées, il y a la science et les applications de la science», écrit-il). Il découvre dans les jus de fermentation alcoolique et lactique des substances dont il soupçonne qu'elles ont été créées par des microorganismes vivants. De fil en aiguille, ces premiers résultats vont le conduire de la chimie à la biologie puis à la médecine.

Affecté à Paris, à un poste de direction à l'École Normale Supérieure, il poursuit ses travaux sur la fermentation dans un laboratoire de fortune aménagé dans les combles. Il publie ses premiers résultats dans un Mémoire sur la fermentation dite lactique (1857).

On peut dater de cette année-là le début de la «révolution pastorienne». La même année, la France entre de plain-pied dans l'ère industrielle sous l'égide de Napoléon III et en Grande-Bretagne, un savant, Charles Darwin, jette les bases de la théorie de l'évolution dans une lettre mémorable. Aux Indes, une révolte amène les Britanniques à consolider leur domination...

Un entêtement à toute épreuve

Le succès de Pasteur n'est pas immédiat, loin s'en faut ! Dans les milieux scientifiques, les partisans de la «génération spontanée» dénigrent tant et plus ses assertions. Parmi eux figurent d'illustres savants comme Marcelin Berthelot, Justus von Liebig et Friedrich Wöhler (auquel on doit la synthèse de l'urée). Pour eux, la fermentation se ramène à une réaction chimique en présence d'un catalyseur. Faisant front avec un entêtement exceptionnel, Louis Pasteur va mettre plusieurs années à les convaincre de leur erreur.

Il démontre que les microorganismes responsables de la fermentation, c'est-à-dire de la transformation du sucre en alcool,viennent de l'environnement et ne sont pas créés ex nihilo. Il démontre aussi que ces microorganismes - des levures (microchampignons) - utilisent la fermentation pour fabriquer l'énergie indispensable à leur survie en l'absence d'oxygène.

Ces démonstrations passent par d'innombrables expérimentations et la mise au point de procédés innovants et astucieux pour isoler les substances fermentescibles (Pasteur fait par exemple mûrir des raisins en serre, dans sa maison du Jura, à l'abri de l'air ambiant).

Fort de ce savoir-faire expérimental, le savant met au point une technique de chauffage destinée à protéger les liquides tels que la bière ou le lait contre les ferments. C'est la «pasteurisation». Elle va permettre aux industriels d'améliorer les procédés empiriques de fermentation utilisés depuis des millénaires pour la fabrication du vin, de la bière ou du fromage ainsi que les procédés de conservation des aliments.

En 1865, Pasteur est sollicité par un ancien professeur pour étudier une mystérieuse maladie qui affecte les vers à soie, dans la vallée du Rhône, et ruine la sériciculture ardéchoise.

Au prix d'un labeur acharné, doublé de terribles épreuves personnelles (la perte de deux filles et une hémorragie cérébrale qui le laisse partiellement paralysé d'un bras et d'une jambe), le savant met en évidence l'existence d'un «microbe» responsable de la maladie.

Avec cette recherche, il se rapproche du domaine thérapeutique qui lui vaudra ses plus grands titres de gloire mais aussi la haine des sommités médicales, jalouses de l'incursion de ce physicien dans leur domaine de compétence.

Le public découvre qu'il est possible, grâce à l'hygiène, de se protéger contre les maladies transmises par les microbes. Dès 1875, un prestigieux chirurgien écossais du nom de Joseph Lister met en pratique à Edimbourg des procédures antiseptiques d'avant-garde suite à la lecture du mémoire de Pasteur sur la fermentation lactique. Il ne manque pas une occasion de rappeler sa dette à l'égard du savant français.

Celui-ci, orateur de talent, se fait auprès des chirurgiens le chantre de l'asepsie. Il leur prescrit de se nettoyer soigneusement les mains avant d'entrer en contact avec un patient, geste qui nous paraît aujourd'hui relever de l'évidence... Il s'ensuit une amélioration notable de l'espérance de vie partout dans le monde.

En 1877, Pasteur est conduit à travailler sur le «charbon», une maladie qui ravage les élevages, en parallèle avec un jeune médecin allemand, Robert Koch. Leurs travaux conjoints démontrent la nature bactérienne de cette maladie.

Dans la foulée, Louis Pasteur étudie le choléra des poules, autre maladie infectieuse, et fait à cette occasion une découverte d'une grande portée : cette maladie, comme vraisemblablement bien d'autres maladies infectieuses de l'animal et de l'homme, peut être prévenue par la vaccination, autrement dit par le procédé mis au point de façon empirique par le docteur Jenner, 80 ans plus tôt, pour immuniser les sujets contre la variole.

En étudiant également la rage, maladie qui affecte les chiens et les renards, et peut se transmettre aux humains, Louis Pasteur confirme l'existence de virus porteurs de la maladie. Beaucoup plus petits que les bactéries, les virus (ainsi baptisés par Jenner d'après un mot latin qui signifie poison) sont invisibles au microscope et, heureusement, ne se multiplient pas d'eux-mêmes dans un milieu de culture.

Fort de ses résultats, le savant développe une méthode en vue d'inventer et de produire des vaccins adaptés à chaque maladie infectieuse, pas seulement la variole.

Une réputation planétaire

Ses succès en cascade valent la gloire à Pasteur (y compris une élection à l'Académie française le 8 décembre 1881 au fauteuil d'Émile Littré). Mais la fortune n'est pas au rendez-vous. Le savant, en effet, a déposé des brevets sur ses inventions mais en a cédé les droits à l'État afin de leur assurer la plus grande diffusion possible (c'est ainsi par exemple que la «pasteurisation» est très vite mise en oeuvre jusqu'en Californie).

Le meilleur reste à venir. Le 6 juillet 1885, tandis que la France de la IIIe République est à son zénith, Louis Pasteur reçoit dans son cabinet de l'École Normale Supérieure un petit berger alsacien, Joseph Meister. Celui-ci a été mordu par un chien enragé et a besoin de soins immédiats. Contre l'avis des médecins qui voulaient le garder à l'hôpital, sa mère a obtenu de le conduire auprès du célèbre savant.

Indifférent à notre «principe de précaution», Louis Pasteur prend le risque de lui inoculer un nouveau vaccin de son invention. Et à son grand soulagement, l'enfant sort guéri de l'épreuve.

Avec un art consommé des relations publiques, le savant magnifie sa victoire sur la rage, une maladie somme toute marginale. Au comble de la gloire, il satisfait son goût pour les honneurs et les décorations. Mais surtout, il arrive à capter une partie de la générosité populaire au profit de la recherche médicale. C'est ainsi qu'il lance une souscription en vue de fonder l'Institut qui portera son nom. «Il n'est pas une pierre qui ne soit le signe d'une généreuse pensée», dit-il de l'édifice élevé au sud de Paris, dans le quartier de Vaugirard. Il le dirigera jusqu'à sa mort, le 28 septembre 1895.

La France organise des obsèques nationales pour celui que certains désignent avec quelque exagération comme «le plus grand bienfaiteur de l'humanité». Inhumé dans son Institut, le savant continue d'inspirer ses chercheurs...

Depuis plus d'un siècle en effet, les «Pastoriens» multiplient les découvertes que sont venus couronner huit prix Nobel, dont les professeurs Jacob, Monod et Lwoff en 1965. En 1894, Alexandre Yersin isole à Hong-Kong le bacille de la peste. En 1921, Albert Calmette et Camille Guérin mettent au point le vaccin BCG contre la tuberculose. En 1983, le professeur Luc Montagnier découvre le virus du sida...

Bibliographie

Je recommande la lecture d'un passionnant livre du savant René Dubos (1901-1982) : La leçon de Pasteur (206 pages, Albin Michel, 1987). Limpide, vivant et chaleureux, il aborde à la fois les aspects humains et professionnels de la vie de Pasteur. Un livre propre à transmettre la passion de la science.

Joseph Savès.

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Published by LePontissalien - dans SAVANTS ET HOMMES DE SCIENCE
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