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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 15:49

source : http://www.herodote.net

 

Le 15 avril 1874, une trentaine de peintres exposent leurs oeuvres dans l'atelier de leur ami, le photographe Félix Tournachon, plus connu sous le pseudonyme Nadar, au 35, boulevard des Capucines. Nombre d'entre eux ont déjà participé onze ans plus tôt au «Salon des Refusés» autour d'Édouard Manet.

Camille Vignolle.

 

Le Salon des Refusés

L'aventure commence à l'apogée du Second Empire, lorsque Édouard Manet et d'autres artistes d'avant-garde sont rejetés par le jury du Salon qui s'est ouvert au palais de l'Industrie de Paris le 1er mai 1863. À l'origine du refus, une toile d'Édouard Manet intitulée Le Bain et aujourd'hui appelée Le Déjeuner sur l'herbe... Devant l'émotion suscitée par l'affaire, l'empereur Napoléon III lui-même décide de les accueillir le 15 mai 1863 dans un «Salon des Refusés» à côté du Salon officiel !

Édouard Manet devient dans les années 1860 le chef de file de l'avant-garde picturale. Il retrouve ses amis Edgar Degas, Camille Pissaro ou encore l'écrivain naturaliste Émile Zola au café Guerbois.

 

Du Salon des Refusés à l'impressionnisme

Onze ans plus tard, l'exposition organisée dans l'atelier de Nadar reçoit la visite, parmi d'autres, d'un certain Louis Le Roy, critique du journal Le Charivari. Il ironise sur ces peintres qui se détournent de la manière académique en vogue sous le Second Empire et au début de la IIIe République.

Il intitule son article «L'exposition les impressionnistes», d'après le titre d'un tableau de Claude Monet : Impression soleil levant (1872) qui fait partie de l'exposition.

Prétendant ridiculiser les exposants, le critique écrit : «Impression, impression, j'en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l'impression là-dedans».

Le qualificatif d'impressionniste va rester au groupe pour la postérité ! La plupart de ces peintres : Boudin, Cézanne, Degas, Monet, Pissaro, Renoir, Sisley... font aujourd'hui les choux gras des salles des ventes.

 

 

Primauté de la lumière

En dépit de leurs dissemblances, les peintres dits impressionnistes cultivent en commun une nouvelle technique picturale qui donne la primeur aux effets de lumière. Sur leurs tableaux, le dessin s'efface devant les touches de couleur ainsi que les objets devant la représentation qu'en donnent les sens. À ce titre, les impressionnistes constituent le chaînon intermédiaire entre les romantiques anglais (Constable...) et les peintres abstraits qui leur succèderont.

Auguste Renoir se souviendra plus tard : «Nous voulions dans nos tableaux des accords gais, de la vie sans littérature. Un matin, l'un de nous, manquant de noir, utilisa du bleu. L'impressionnisme était né».

Les impressionnistes se démarquent des peintres académiques, qu'ils appellent «pompiers», par un autre trait : ils décrivent la vie quotidienne de préférence à des sujets mythologiques ou historiques. Grâce à la peinture en tube métallique mise au point par Jean-Frédéric Bazille, ils sortent de leur atelier et peignent volontiers en extérieur.

Révolutionnaires dans la forme, ils se montrent très conservateurs dans les sujets traités : paysages bucoliques, enfants adorables ou belles adolescentes dénudées (à l'exception notable de Claude Monet qui peint les paysages industriels, usines fumantes et locomotives à vapeur).

Sous le règne de Napoléon III, ces peintres représentent les joies de la vie parisienne et les quartiers modernes créés par le préfet Haussmann. Ils mettent en scène les bourgeois, les demi-mondaines et les courses à Longchamp.

 

Après les horreurs de la Commune, écoeurés par les violences populaires et la laideur de la société industrielle, les peintres impressionnistes se replient vers les villages bucoliques des environs de Paris : Auvers-sur-Oise, Barbizon, Chatou... en quête de lumière pure et de bonheur simple.

La frange éclairée des bourgeois de la IIIe République ne tardent pas à reconnaître leur talent. L'impétueux Georges Clemenceau se lie ainsi d'amitié avec Claude Monet.

 

La IIIe République se détourne du peuple

La IIIe République de cette fin de siècle n'a d'yeux que pour les débats sur la place de l'Armée et de l'Église dans la société et pour les enjeux coloniaux.

Le temps n'est plus où Millet, l'auteur de L'Angélus, exaltait la vertu des pauvres à travers ses durs portraits de travailleurs (comme ont pu s'en apercevoir les heureux visiteurs de l'exposition «Millet et Van Gogh », en 1999, à Paris).

Même changement dans la littérature romanesque. On oublie Eugène Sue qui faisait pleurer son public sur le sort des pauvres en 1842, dans les Mystères de Paris, et même Victor Hugo, qui racontait en 1866 l'épopée émouvante des Misérables.

Au contraire de ses devanciers, le grand romancier de la fin du siècle, Émile Zola, ne s'apitoie pas sur les miséreux et les ouvriers mais les dépeint comme des êtres irrémédiablement marqués par leur ascendance génétique.

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Published by LePontissalien - dans ARTS
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