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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 15:13

source : http://www.herodote.net

 

Hildebrand devient pape le 22 avril 1073 et prend le nom de Grégoire VII.

Ce moine d'environ 50 ans, originaire de Soana, en Toscane, s'était acquis une excellente réputation auprès des Romains en servant les papes précédents, Léon IX et Alexandre II.

Il est proclamé pape et porté sur le trône de Saint Pierre par la foule romaine, contrairement au décret qu'il avait lui-même inspiré en 1059, réservant l'élection des papes au collège des cardinaux (ou prêtres de premier rang, d'après le mot latin cardo).

Le nouveau pape modifie profondément l'Église catholique pour la rendre plus morale et surtout plus indépendante des seigneurs et des souverains. Ses mesures restent connues sous le nom de réforme grégorienne. Certaines, toutefois, ont déjà été ébauchées par ses prédécesseurs, sous l'inspiration de Hildebrand lui-même, du temps qu'il était moine à Cluny, en Bourgogne.

Joseph Savès.

 
Scandales et réforme

Les papes, au début du Moyen Âge, étaient élus par le peuple de Rome en tant qu'évêques de la Ville éternelle. Ces élections se déroulaient sous la pression des grandes familles qui se partageaient le territoire de la ville.

Dans les dernières décennies de l'ère carolingienne se succèdent des papes qui n'ont rien des qualités spirituelles qu'on leur prête. Brigands, jouisseurs, voleurs, guerriers, ils se comportent en chefs de gang, accumulant richesses sur richesses dans leur résidence officielle du Latran. Ainsi, au début du IXe siècle, un certain Étienne VI fait-il exhumer et juger (!) la dépouille d'un prédécesseur, Formose, qui l'avait offensé de son vivant. Lui-même et ses successeurs immédiats sont assassinés ou exécutés.

Le pire est atteint avec Octavien (Jean XII), élu en 955, à 18 ans, sous la pression de son père Albéric, un aventurier qui gouverna Rome pendant vingt ans. Jouisseur invétéré, le pape Jean XII joue le roi de Germanie, Otton, contre le roi d'Italie, Bérenger II. Il confère à Otton le titre d'empereur d'Occident pour le remercier de l'avoir sauvé des griffes de Bérenger II. En retour, le nouvel empereur s'autorise un droit d'intervention sur les élections pontificales à venir. Mais à peine l'empereur a-t-il le dos tourné que Jean XII se rallie à son ancien ennemi, Bérenger II !

Otton n'apprécie pas la plaisanterie et revient sur ses pas. Le 6 novembre 963, il fait déposer le pape pour immoralité et le remplace par Léon VIII. Les Romains, qui ne veulent pas d'un empereur germanique, rappellent Jean XII. Celui-ci châtie avec férocité ceux qui l'ont trahi mais il meurt l'année suivante... sans doute assassiné par un mari jaloux !

Dédaigneux de Léon VIII, le pape de l'empereur, les Romains élisent à sa place Benoît V. L'empereur sévit une nouvelle fois et châtie à son tour les partisans de Benoît... Pendant de nombreuses années, plusieurs papes se disputent le trône de Saint-Pierre, les uns soutenus par l'empereur germanique, les autres par les Romains.

À considérer ce scandale permanent, on pourrait penser que c'en est fini de l'Église catholique et de la papauté ! Mais le salut va venir du clergé régulier, celui qui vit selon une règle monastique.

 

Les prémices de la réforme grégorienne

Les prémices de la réforme apparaissent avec Léon IX, pape imposé à Rome en 1049 par Henri III, le plus énergique de tous les empereurs germaniques. Pendant les cinq années de son pontificat, Léon IX n'a de cesse de parcourir l'Occident et de réunir évêques et abbés en synodes pour les convaincre de l'urgence de réformer l'institution ecclésiastique.

Les principales pierres d'achoppement sont au nombre de deux :

- la simonie

La simonie désigne le trafic contre argent des biens d'Église. Le mot simonie vient de Simon le Magicien, un personnage légendaire qui aurait offert à l'apôtre Saint Pierre de lui acheter le don de faire des miracles,

- le mariage et le concubinage des prêtres

Dès l'an 303, au concile d'Elvire, près de Grenade, l'Église a recommandé la chasteté et le célibat à ses membres, par souci d'élévation morale mais cette recommandation a été peu appliquée par la suite. Le Saint-Siège a dû tolérer le mariage et le concubinage des prêtres, en particulier des séculiers.

Si le pape veut désormais imposer avec rigueur le célibat au clergé, ce n'est pas seulement pour des raisons «morales» mais aussi politiques et économiques. Les prêtres mariés étaient en effet tentés de s'enrichir et de constituer une rente au profit de leurs descendants, privant l'Église des moyens matériels indispensables à l'accomplissement de sa mission.

Pour réussir dans son entreprise, le pape qui, au début du Moyen Âge, était simplement considéré comme l'évêque de Rome, veut imposer sa prééminence sur les autres évêques. Cette prééminence est acceptée par les Occidentaux avec plus ou moins de bonne grâce mais rejetée par les Orientaux de culture grecque.

C'est ainsi que s'élargit le fossé entre l'Église de Rome, qui prétend au qualificatif de catholique, c'est-à-dire universelle, et l'Église de Constantinople, qui se qualifie d'orthodoxe (en grec : conforme à la vraie Foi).

L'action de Grégoire VII

L'évêque Yves de Chartres et les moines de Cluny sont les principaux inspirateurs de la réforme grégorienne qui vise à instaurer l'autorité du pape sur la chrétienté et à ne plus cantonner le Saint-Siège dans les fonctions symboliques qui étaient jusque-là les siennes.

Grégoire VII commence par proscrire le nicolaisme, c'est-à-dire lemariage et le concubinage des prêtres, puis condamne fermement la simonie. Il s'attelle ensuite à la formation des curés qui, trop souvent incultes, se souciaient assez peu d'évangéliser leurs ouailles.

Enfin, par vingt-sept propositions célèbres de 1075 (le Dictatus papae), il réserve au collège des cardinaux l'élection des papes. Il condamne les investitures laïques, c'est-à-dire le droit qu'avaient les souverains de nommer les évêques.

C'est une révolution dans un monde où, selon la tradition antique, on est encore porté à penser que l'empereur est le représentant de Dieu sur la Terre et que le clergé a vocation à le servir. Grégoire VII, inspiré par l'esprit de Cluny, souhaite au contraire imposer la primauté du pouvoir spirituel sur le pouvoir séculier, celui de l'empereur et des souverains. Il veut pour le moins une Église autonome. C'est une préfiguration de la laïcité moderne.

Le pape va s'opposer avec violence, sur la question des investitures, à l'empereur d'Allemagne Henri IV. Celui-ci, fort habilement, lui demandera pardon à Canossa pour mieux l'abattre mais la papauté imposera finalement l'essentiel de ses vues par le Concordat de Worms, en 1122.

 
Renouveau du monde chrétien

L'Église sort considérablement rajeunie de la réforme grégorienne. Elle entraîne l'Occident médiéval dans une expansion sans précédent, illustrée par la construction d'églises et de cathédrales, l'éclosion des Universités et une relative paix civile. Les croisades seront une conséquence plus contestable du renouveau de la foi en Occident.

Raoul Glaber, un clerc bourguignon du XIe siècle, mort en 1047, reste connu pour ses chroniques de l'époque de l'An Mil. Il témoigne du renouveau qui saisit l'église d'Occident à la veille de l'élection de Grégoire VII.

Son texte ci-après annonce l'art roman :
«Comme approchait la troisième année qui suivit l'an mil, on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie et en Gaule, rénover les bâtiments des églises ; une émulation poussait chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse que celles des autres. C'était comme si le monde lui-même se fut secoué et, dépouillant sa vétusté, eut revêtu de toutes parts une blanche robe d'églises» (Histoires).

À la suite de la réforme grégorienne, les XIe et XIIe siècles vont entraîner la naissance de l'art roman (ou romain, c'est-à-dire d'inspiration latine). Différentes provinces périphériques de France en conservent de précieux témoignages. Ainsi l'église de la Madeleine, à Vézelay, en Bourgogne, Notre-Dame-la-Grande, à Poitiers, ou encore l'église Saint-Front, à Périgueux.

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Published by LePontissalien - dans VIE RELIGIEUSE
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