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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 16:18

source : http://www.courrierinternational.com/

 

 

Alors que les pays d’Amérique latine célèbrent en 2010 le bicentenaire de leurs indépendances, l’écrivain William Ospina rappelle le rôle clé joué par Haïti dans la région

21.01.2010 | William Ospina | El Espectador

 

 

William Ospina

 

   

 

 

William Ospina, écrivain colombien né en 1954. Il a notamment publié en France Ursúa (éd. J.-C. Lattès, 2007).

 

Haïti est le premier pays d’Amérique latine à avoir déclaré son indépendance [le 1er janvier 1804], sous l’influence des idées libérales propagées depuis la métropole par la Révolution française. Ce fut la deuxième république du continent américain, l’une des premières du monde, et, pour plusieurs raisons, la plus admirable. Le reste du monde lui fit donc longtemps payer son audace.

Personne ou presque, au xixe siècle, ne paraissait prêt à respecter un pays gouverné par des individus qui portaient toujours la marque des chaînes. Cela n’empêcha pas ce pays de favoriser plus que tout autre les indépendances dans le reste de l’Amérique du Sud. Bolívar ne devait jamais oublier l’aide que lui apporta le président Pétion, lui fournissant bateaux, armes et soldats pour débarquer au Venezuela et entreprendre sa campagne. Expulsé ensuite par les Espagnols, Bolívar retourna à Haïti, ruiné. Une fois encore Pétion lui tendit une main secourable, à la condition que Bolívar affranchisse tous les esclaves d’Amérique du Sud partout où ses troupes seraient victorieuses.

Quand et comment Haïti a-t-il perdu la capicité d’initiative dont témoignent ces faits ? Ce sont peut-être les soixante dernières années qui expliquent pourquoi un pays aussi semblable à ses voisins antillais a sombré comme aucun autre dans la pauvreté, l’impuissance, l’incurie gouvernementale. L’histoire de François Duvalier est à cet égard inquiétante et révélatrice. Il avait tout pour incarner le sauveur de sa patrie. D’origine modeste, il était devenu médecin grâce à son talent et à la chance, et il a pu passer dans un premier temps pour un homme attaché au bien commun. On dit que le pouvoir corrompt : il a suffi que Duvalier soit élu pour qu’il commence à agir de manière autoritaire et violente.

Une chose est sûre, les Etats-Unis ont vu dans ce tyran, comme en Trujillo [dictateur de la République dominicaine de 1930 à 1961], un rempart contre les communistes cubains. Si bien qu’un despotisme délirant a été encouragé par une grande puissance : la société haïtienne en est restée profondément blessée. La tyrannie est devenue héréditaire et à vie. Autant dire que la deuxième république d’Amérique a été pervertie par la première. Qu’une grande puissance démocratique soutienne la plus sinistre des dictatures ne paraissait pas déranger grand monde aux Etats-Unis. C’est ainsi qu’on sape les fondements d’une société et les bases de la cohérence mentale d’un peuple.

Dans ce pays livré à la corruption, une économie de subsistance désordonnée a ravagé le cadre naturel, offrant un contraste frappant avec son voisin, qui a conservé ses arbres et son tissu économique. Même si la République dominicaine a elle aussi connu une dictature épouvantable, elle n’a pas plongé dans le chaos.

Les calamités naturelles sont plus graves lorsque les peuples sont abandonnés et désemparés, incapables de s’unir et de résister. Haïti, prostré sous la corruption et étouffé par le narcotrafic, a besoin d’une cure profonde et intégrale. Les millions de dollars qu’il réclame depuis des années n’y suffiraient pas. Il a besoin d’une solidarité continentale inédite : l’art du vivre-ensemble, l’intelligence des sages, les prouesses des techniciens, la sensibilité des artistes et le génie des inventeurs – pour tenter de convertir cette catastrophe en atelier de réinvention de la vie dans le berceau de la démocratie latino-américaine. Voici un beau défi pour cette année de célébration du bicentenaire des indépendances des pays d’Amérique latine.

Note :William Ospina* * Ecrivain colombien né en 1954. Il a notamment publié en France Ursúa (éd. J.-C. Lattès, 2007).

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